
Histoire de la commune
Sept siècles d’archives, des seigneurs de Meyronne à aujourd’hui.
Ventuèjol
Venteuges · Haute-Loire · Margeride
Le 45e parallèle traverse la commune : Venteuges se trouve à égale distance du pôle Nord et de l’équateur, à quelque 5 000 km de chacun. Un village de moyenne montagne posé sur les contreforts de la Margeride, dont le nom s’écrit dans les registres depuis plus de sept siècles.
Le nom
Sept siècles d’orthographe mouvante
Attesté par les sources écritesLe nom de la commune apparaît dans les actes latins et occitans dès la fin du XIIIe siècle. Chaque scribe le transcrit à sa manière, au plus près de ce qu’il entend : la forme actuelle n’est que la dernière d’une longue série.
- Ecclesia de Ventiol1298
- Ventueiol1320
- Ventuejol1377
- Venthoiolium1458
- Ventalogium1527
- Venteujou1618
- Venteugesaujourd’hui
La plupart de ces formes viennent directement de l’ancien occitan. La forme occitane moderne, Ventuèjol, appartient au domaine nord-occitan. La mention de 1377 — Parochia S. Johannis de Ventuejol — livre au passage le vocable de la paroisse : saint Jean-Baptiste, toujours celui de l’église.
La seigneurie
Meyronne, aux confins de l’Auvergne et du Gévaudan
Attesté par les sources écritesC’est le véritable fil de l’histoire communale. Les seigneurs de Meyronne, une noblesse de chevalerie très ancienne, sont cités dès 1142 et figurent parmi les bienfaiteurs de l’abbaye voisine de Pébrac. Ceux de La Fagette apparaissent en 1235.
- Vers 1142 Drogon de Meyronne est surnommé « Truc ». Le sobriquet restera attaché à la plupart de ses descendants, et se retrouve dans les toponymes du lieu (Lo Truc de Mairona).
- 1346 Béraud, dit Truc de Meyronne, rend hommage de son fief au vicomte de Beaufort, seigneur des hauts quartiers de Langeac.
- 1412 Faute d’héritier mâle, la lignée s’éteint. Louis de Tailhac reprend le nom de Meyronne par substitution.
- 1471 Les textes mentionnent encore la chapelle Saint-Pierre du château de Meyronne.
Du château, il ne subsiste rien de bâti. Seul demeure le site, sur son promontoire. Le manoir de La Fagette, lui, est encore debout et bien visible depuis la route : il s’agit d’une propriété privée qui ne se visite pas.
Une figure
Na Castelloza, dame de Meyronne ?
Tradition — identification discutéeNée vers 1200, Castelloza est l’une des rares femmes troubadours dont l’œuvre nous soit parvenue : trois chansons d’amour courtois en occitan, sans leur musique. Sa vida, la courte biographie médiévale qui accompagne ses poèmes dans les manuscrits, la dit auvergnate et épouse du « Turc de Mairona » — le seigneur de Meyronne, qui prit part à la quatrième croisade.
Le rattachement de Castelloza à Venteuges passe par son mariage, non par sa naissance, et il n’est pas unanime : d’autres travaux la situent au castel d’Oze, à Sénezergues, dans le Cantal. La vida elle-même est un texte tardif, écrit après coup par un compilateur. La commune préfère donc parler d’une tradition solidement établie plutôt que d’un fait démontré.
1764 — 1767
La Bête du Gévaudan, jusque sur la paroisse
Attesté par les registres paroissiauxVenteuges est à cinq kilomètres de Saugues et à six de La Besseyre-Saint-Mary : au cœur exact du territoire où se déroula, entre juillet 1764 et juin 1767, l’affaire la mieux documentée de l’histoire du Gévaudan. La commune n’en fut pas seulement voisine. La paroisse compte plusieurs victimes et figure parmi celles de Haute-Loire les plus durement frappées, aux côtés de Nozeyrolles, La Besseyre-Saint-Mary, Grèzes et Servières.
Les faits ne relèvent pas de la légende. Les registres paroissiaux conservés à Mende, au Puy et à Aurillac recensent une centaine de personnes tuées, le plus souvent dévorées, et de nombreux blessés. Après plusieurs battues officielles, les attaques se concentrent autour du mont Mouchet, en pleine Margeride, à la frontière d’alors entre le Gévaudan et l’Auvergne.
Sur la paroisse de Venteuges
Le printemps 1765 est le moment le plus noir. Les listes de victimes établies d’après les actes de sépulture retiennent notamment :
- 28 janv. 1765 Un enfant de la paroisse est tué.
- 2 mai 1765 Au lendemain des coups de fusil qui avaient blessé l’animal sans l’arrêter, une femme d’une quarantaine d’années, qui gardait les bêtes, est tuée sur la paroisse — les récits la situent près du Pépinet.
- 19 mai 1765 Au bois de Servilanges, une femme d’une cinquantaine d’années est tuée et décapitée alors qu’une battue se tenait le jour même ; sa tête ne fut jamais retrouvée. Le soir, on la chercha aux lanternes. L’annonce de sa mort met fin aux espoirs des chasseurs normands dépêchés sur place.
- 22 juin 1765 Dans les bois de Venteuges, on montre à François Antoine, porte-arquebuse du roi, les restes d’une victime.
La fin de l’affaire
- Sept. 1765 François Antoine abat un grand loup au bois des Chazes. La Cour tient l’affaire pour close ; les attaques reprennent en novembre.
- 19 juin 1767 Lors d’une battue organisée par le marquis d’Apcher près du mont Mouchet, Jean Chastel, paysan de La Besseyre-Saint-Mary, abat l’animal au lieu-dit La Sogne d’Auvers. Plus aucune attaque mortelle ne sera signalée.
Jean Chastel avait été baptisé le 31 mars 1708 au village de Darnes, dans cette même paroisse ; il y est mort le 6 mars 1789. La majorité des historiens explique aujourd’hui les prédations par la présence de plusieurs loups devenus anthropophages.
Le détail des victimes de la paroisse est repris des listes publiées d’après les registres paroissiaux, et non d’une lecture directe des actes. Les compilations divergent sur quelques âges et quelques noms. Le registre de Venteuges, conservé aux Archives départementales de la Haute-Loire, fait foi.
Quant aux balles fondues dans des médailles bénies, elles n’ont jamais existé : c’est une invention littéraire d’Henri Pourrat dans son roman de 1946, reprise depuis comme si elle était historique.
À voir
Le patrimoine de la commune
L’église Saint-Jean-Baptiste
Église romane du XVe siècle. La paroisse est mentionnée sous ce vocable dès 1377, sous la forme Parochia S. Johannis de Ventuejol.
Bourg
La croix de mission
Croix du XIXe siècle dressée auprès de l’église, à l’issue d’une mission paroissiale. Un témoin de la dévotion rurale de la Margeride.
Bourg
Le calvaire
Trois croix dominent le village, au terme d’un chemin de procession parti de l’église. L’ensemble a été replanté en 1957 par le tailleur de pierre Joseph Planchette, de Combret ; seuls le fût et le socle de la croix précédente, qui porte la date de 1773, ont été réemployés. La tradition locale y voit une action de grâce, six ans après la dernière attaque de la Bête.
Sur les hauteurs
L’oratoire de Notre-Dame de la Route
Monument votif élevé par la paroisse, reconnaissante d’avoir été épargnée au passage des troupes allemandes en juin 1944. Chaque famille a fourni ses pierres, assemblées par le maçon Antoine Plantin, du bourg ; Mgr Chappe, évêque du Puy, l’a béni le 24 mai 1954. Dix ans plus tard, les jeunes de la paroisse l’ont ceint de bornes kilométriques, en écho à son vocable.
Entrée du bourg
Les ruines du château de Meyronne
Le fief des seigneurs de Meyronne, cités dès 1142. Le lieu doit sa notoriété à la châtelaine Na Castelloza, trobairitz du XIIIe siècle et épouse du seigneur de Meyronne.
Vestiges
Le manoir de La Fagette
Maison forte bien visible depuis la route, à 1 023 m d’altitude. Propriété privée : elle ne se visite pas.
PrivéAujourd’hui
De la paroisse à la commune
Le village de ces seigneurs et de ces registres est aujourd’hui une commune rurale à habitat très dispersé, partagée entre le bourg et ses hameaux : Meyronne, La Fagette, Servilanges, Le Pépinet. Ce sont les noms mêmes qui traversent toute cette page — les lieux n’ont pas changé, seuls les usages se sont déplacés.
La part importante de résidences secondaires dit la suite de cette histoire : les maisons de famille sont restées dans les familles, qui reviennent y passer l’été.
Aller plus loin
Sources
Cette page distingue volontairement ce que les documents établissent de ce que la tradition transmet. Les mentions signalées « attesté » s’appuient sur des sources écrites identifiées.
- Augustin Chassaing et Antoine Jacotin, Dictionnaire topographique du département de la Haute-Loire, 1907 — pour les formes anciennes des noms de lieux.
- Camille Fabre, Seigneurs & paysans, entre Auvergne et Gévaudan : histoire de la seigneurie de Meyronne à Venteuges, collection « Labo des patrimoines », 156 pages.
- François Fabre, La Bête du Gévaudan (1901, rééditions), et les listes de victimes établies d’après les registres paroissiaux — pour les attaques survenues sur la paroisse.
- Si Venteuges m’était conté, monographie locale, chapitres « Le calvaire dominant le village de Venteuges » et « L’oratoire de Notre-Dame de la Route » — pour la réfection du calvaire en 1957 et l’érection de l’oratoire en 1954.
- Archives départementales de la Haute-Loire — fonds numérisés concernant la commune, dont les registres paroissiaux.
- Insee — recensements de la population et chiffres clés du logement.
Photographies anciennes, souvenirs de famille, documents conservés dans une grange : la mairie recueille volontiers tout élément permettant de compléter ou de corriger cette page.

